La Distance Juste
Commissaire : Albertine de Galbert
24.06.2013 — 27.07.2013

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PILAR ALBARRACÍN (Espagne)
GILLES BARBIER (France)
FREDI CASCO (Paraguay)
MARINA DE CARO (Argentine)
MATÍAS DUVILLE (Argentine)
ANA GALLARDO (Argentine)
JUAN FERNANDO HERRÁN (Colombie)
MARTIN KERSELS (USA)
HENRIQUE OLIVEIRA (Brésil)
PAULINA SILVA HAUYÓN (Chili)
& WALTER ANDRADE (Argentine)
VIRGINIE YASSEF (France)

Try a little tenderness! dit la chanson, comme une invitation à s’enfoncer dans les recoins ouatés d’un vieux fauteuil de grand-mère. La tendresse est l’une des composantes les plus fortes de la nature humaine. Ni sensiblerie, ni mièvrerie, sa seule évocation déclenche pourtant souvent des excès de pudeur ou de cynisme, dont l’intensité indique bien qu’il s’agit d’une émotion essentielle, qui touche à ce que nous avons de plus intime. Souvent dévalorisée, parce qu’elle serait l’apanage des enfants, des vieillards et des femmes – des faibles en somme, la tendresse est pourtant une grande force de résilience face aux violences faites au corps et à l’esprit.

Dans une conférence intitulée “Le creux de la paume et l’amour en infrarouge”, le psychiatre Jean-Pierre Klein¹, en propose une définition par défaut : “La tendresse n’est ni possession ou soumission – qui chosifient, ni passion ou addiction – qui amputent et fusionnent des fractions de sujets”. Selon lui, toute la subtilité de la tendresse tient à la “distance juste”, très petite mais non nulle, qui sépare deux sujets libres en relation².

Cette exposition s’articule autour de cette notion de “distance juste”, et questionne notre rapport au contour, à la limite physique, à l’altérité. Parfois écorchée, débordée, lorsqu’une image, un geste, une parole sortent de leurs gonds et se font invasifs, cette limite se déplace, que l’on soit la victime ou l’auteur de ce déplacement.

C’est le franchissement de cette limite ténue entre le tendre et l’obscène qui est ainsi à l’oeuvre dans la vidéo de l’artiste espagnole Pilar Albarracín, La Cabra, où l’artiste danse avec une outre de vin en peau de chèvre qui colore peu à peu son costume folklorique d’un rouge sang.

L’étreinte et la séparation des corps, c’est aussi le sujet des photographies du californien Martin Kersels, Tossing a friend, qui illustre littéralement une mise à distance brutale du corps de l’artiste et de celui de Melinda, son ex-compagne. À l’inverse, dans Posición Horizontal, l’oeuvre de Juan Fernando Herrán, artiste colombien né en 1963, l’autre n’est pas distancié mais bien contenu, assimilé. La série de lits emboîtés les uns dans les autres comme des poupées russes, évoque une mise en abîme de l’intime ou de l’enfance, comme mis à l’abri.

La tendresse comme protection, consolation, apparaît en filigrane dans l’oeuvre de l’artiste argentin Matías Duville. Tout droit sorti de ses dessins grand format de paysages irréels, un hameçon à taille humaine en métal rouillé repose doucement sur une couverture rappelant celles qui traînent dans les vieilles maisons et dont la simple vision procure du réconfort.
L’oeuvre vidéo de Ana Gallardo, Estela, celle de Virginie Yassef L’Arbre (en collaboration avec Julien Prévieux), et d’autres, illustreront dans cette exposition cet espace fragile qu’est la tendresse, entre le mouvement et l’immobilité, le silence et le cri.

Albertine de Galbert

¹ Directeur de l’Inecat (Institut national d’expression, de création, d’art et de thérapie)
² Patrice van Eersel, « Une soudaine irruption de la tendresse ? » dans Le Grand Livre de la Tendresse, ed. Albin Michel, 2002, p.23

Pour en savoir plus sur les artistes sud-américains : arte-sur.org

33 & 36, rue de Seine
75006 Paris – FR
T.+33(0)1 46 34 61 07
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