Winshluss
La Fin est proche !
09.03.2012 — 07.04.2012

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On pourrait définir deux types d’artistes. Ceux qui toute leur vie approfondissent une problématique, un style, et ceux qui très tôt éclatent en plein vol. Pour ces derniers, il faut un atlas et un bon GPS pour en récupérer les morceaux. La carte montre que la déflagration de Winshluss a criblé un territoire qui s’étend de la sculpture au dessin, de la BD au cinéma, de la fabrication d’objets à la (co)création d’un supermarché… Et on retrouve un morcellement identique dans son travail de dessinateur. Multiplicité des styles, des mises en couleur, des références, le tout brillamment dézingué.
On serait tenté de dire que Winshluss est le roi du pastiche, un génial sampler, applaudir et s’arrêter là. Mais quelque chose continue de grincer.

Si noirceur, corrosion et cynisme dévastateur sont des notions que son trait acéré met en avant, il en est une autre, en retrait, en filigrane, qu’il faut mettre à jour. L’art de Winshluss est une assemblée des exclus, des rebuts, des déchets, des parasites, des irradiés, des has-been, des cloches et des victimes. Ils sont violents, irrésistiblement accrochés à la vie, toujours naïfs même quand ils sont pervers mais ils ont un espace où dérouler leur humanité de marge : la ferraille. Le ferrailleur, l’économie du black, de la récup’, le
traffic, le recel, le deal, la casse, la ferblanterie. Winshluss est à la finance ce que la pire des graisses est au quintuple A de l’andouillette mais sa ferraille instruit le procès éternel des minorités. Et il a l’élégance d’inscrire ce procès en creux, dans son trait, dans les genres, dans les références, dans les styles qui dialoguent entre eux sans même
avoir besoin de bulles.

Pinocchio le pantin avait évidemment, et depuis toujours, sa place dans cet Olympe tombé plus bas que terre. Dans la plus pure tradition ferraille, Pinocchio n’a pas ici de chair en bois d’arbre mais la cabosse d’un robot de série Z. Fer blanc et rivets, ça fait de plus beaux reflets à la lueur de l’Enfer. Car c’est un inadapté, un apatride, un rejet, un membre de cette communauté qui naît au XIXe s. dans les fossés qui bordent l’édification des nations, de l’industrialisation, du capitalisme. Le pantin de Collodi est l’incarnation de ceux qui furent, en leur temps, vus comme une sous-classe d’hommes et dont on connaît l’issue apocalyptique. C’est d’ailleurs, par un curieux trébuchet, de 1939 à 1944 que Benito Jacovitti dessine la première version BD de Pinocchio. Version sans bulles car la censure les avait à l’époque interdites. Chez Winshluss, Pinocchio non plus ne parle pas ! C’est une BD sans bulles, enfin, presque… Le privilège de la bavette revient à Gemini, la conscience, revenue de chez Disney en costume de cafard, établi en parasite de son cerveau mécanique. Pour ceux qui ont lu ou relu Père Ubu de Jarry il y a peu (le livre le plus actuel du moment depuis plus d’un siècle), le traitement de la conscience y trouve un écho sans équivoque.

Le silence de Pinocchio, les bavardages de la conscience… On trouve dans ce visà- vis l’esprit de Winshluss qui, s’il devait jamais affronter le Moby Dick de Melville, écrirait, j’en suis sûr, jaunasse à la place de Jonas.

Gilles Barbier

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