Conversation with Pilar Albarracìn

« El Origen del Nuevo Mundo » a deux significations sous-tendues. L’une fait référence à la célèbre œuvre de Courbet, la seconde se rapporte à l’univers : la cosmogonie, le nouveau monde, le Bing Bang …

Les deux sont très connectées avec l’idée de l’exposition. Elles constituent la structure principale de mes pensées. L’autre idée satellite est de donner une vision globale sur la manière dont le monde change. Une des parties très importante de mon projet comprends son processus de réalisation et les réactions des personnes qui s’y sont impliquées. Surtout celles des femmes, car c’est elles qui m’ont donné leurs sous-vêtements ! Face à leur réaction quand je leur ai demandé de me donner leurs culottes déjà portées, j’ai eu l’impression de pénétrer un des grands tabous de notre culture.

Une des choses les plus importantes dans ce projet est la collecte des culottes ; elles sont propres mais déjà portées. C’est l’objet le plus intime qu’une femme puisse avoir…

Je pense que oui, après les premières réactions j’ai été d’autant plus fascinée par l’idée . Le sous-vêtement est ‘la porte d’entrée’ à la zone intime d’une femme. Vous demandez à quelqu’un de vous donner quelque chose qui en réalité ne veut rien dire. Les gens vont à la plage en bikini, sans y penser, mais si vous leur demandez de donner leurs culottes, ils diront ‘Non, c’est beaucoup trop privé ! C’est un peu comme si vous leur demandiez une partie de leur corps. C’est une extension de leur vie privée dont personne ne connaît le secret. Les femmes utilisent leurs sous-vêtements pour créer un personnage. Vous aurez tendance à porter des sous-vêtements différents selon que vous voulez être : sexy, aimable ou masculine… Pour ces raisons, c’était incroyable pour moi de découvrir toutes les différentes tailles, modèles et imprimés.

Une forme très importante apparait dans l’exposition : le mandala. N’aurais-tu pas pu simplement coudre les sous-vêtements sur du tissu et les suspendre au mur ?

L’idée principale était d’associer les mandalas avec les sous-vêtements féminins. Je voulais prendre un objet très populaire et traditionnel et lui donner une nouvelle signification. Il n’y a pas qu’une sorte de culotte, il y en a une variété infinie, provenant de différentes femmes, d’âges différents, issues de différentes classes sociales. L’ensemble forme une cosmogonie. C’est un cercle dans un autre cercle avec un vide au centre. Pour moi ce vide représente la connexion avec le cosmos. L’autre idée est celle du vagin qui contient la naissance de la vie. Tout ceci est bien sur très lié au cosmos.
Je crois en l’énergie d’une communauté, d’un groupe.

La vidéo dans l’exposition te permet-elle d’avoir une relation différente avec les femmes avec lesquelles tu as travaillé ?

C’était très difficile de les convaincre de lever leur jupe ou leur robe afin de filmer leur partie génitale cachée par leur culotte. C’est une chose étrange, ce petit bout de tissu, la façon dont la camera va zoomer sur cette zone. C’est très puissant et dérangeant, les visiteurs sont gênés par cette image très brute. Ils veulent écouter mais ils ne peuvent pas car les voix des femmes dans la vidéo sont déformées en voix masculine. La sensation est d’autant plus inconfortable et similaire à celle que l’on peut avoir en parlant d’un sujet sérieux avec quelqu'un et que cette personne ne cesse de regarder votre corps.

Tous les dessins dans l’exposition ont des « petites portes ». Y a t-il une raison particulière de faire deux types différents de dessins ?

Les dessins des culottes sont simples. Ils suivent l’idée que différents styles de sous-vêtements représentent différents styles de femmes. J’ai utilisé pour tous un stylo-bille et des couleurs communes. Ouvrir les portes et les fenêtres nous donnent la possibilité de voir à l’intérieur, « de percevoir le cosmos ». J’ai voulu créer des visions romantiques liées avec l’idée de l’exposition. L’autre série de dessins évoque plus la représentation des femmes dans l’Histoire de l’art. C’est une mémoire liée à l’histoire de « L’Origine du monde » de Lacan, et sur la façon dont sa théorie se reflétait dans l’oeuvre. En réalisant des dessins érotiques je donne la possibilité aux gens de découvrir ce qui se cache derrière les apparences. Je les invite à regarder par les petites fenêtres, même s’ils ne peuvent pas voir l’image entière. J’interroge la façon dont nous pensons l’érotisme. Il est évident que ce que nous percevons est le résultat de ce que nous nous inventons.
Chaque nouvelle oeuvre représente une nouvelle réflexion. Parfois, je pose la même question deux fois parce que je n’y ai pas encore bien répondu et qu’entre temps, j’ai acquis plus d’expérience…

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