Conversation with Pierre Seinturier

Tes œuvres sont toutes des « peintures » (tu sembles attaché à ce terme) où les paysages se répètent, dans lesquels quelques personnages se glissent parfois, il y a comme une attente étrange, une inquiétude. Quel est le scénario caché ?

Le scénario ne fonctionne qu’à certain moment du travail. Au départ, j’ai en tête un environnement, un décor type : une forêt, un lac, une clairière. J’exploite au maximum ce contexte, chaque peinture se suffit à elle-même en tant qu’image mais dialogue aussi avec les autres. Une seule idée ne régit pas l’ensemble, mais des variantes (trois ou quatre) : les unes se rapprochent du film noir, d’autres de l’absurde, d’autres encore de visions agréables. Mises ensemble ces variantes créent des croisements simultanés, des superpositions, comme des univers parallèles… mais tout ceci se crée au fur et à mesure et n’est pas envisagé au départ.

Ces peintures trouvent-elles une source ou une inspiration dans tes nombreux carnets de croquis?

J’ai d’abord une idée d’ambiance, de couleurs, et de touches de peinture dans un décor ; les personnages s’ajoutent, des choses se passent, les sujets dépendent du cadre en fait, comme dans une scène de théâtre ou de cinéma.
Chacune de mes peintures a un titre. C’est à la fois une accroche pour le spectateur mais aussi une deuxième lecture de l’œuvre. Le titre est souvent en contrepied total avec l’image, ce peut être le titre d’une chanson mais aussi des éléments de vie très personnels.
Je me lance directement sur les peintures sans dessin préparatoire, je n’ai souvent aucune idée de ce qu’il va se passer et me laisse guider et rebondir au grè des impévus. De la même manière, sur mes carnets de croquis, je me laisse guider là où mon crayon ou mon stylo me portent. Je dessine surtout de mémoire, en « improvisation » et parfois certaines idées se développent en peinture. Les peintures seraient un instantané, une synthèse des carnets de croquis exécutés très souvent rapidement et sur le vif. J’ai envie que cette essence foisonnante du carnet de croquis où textes et dessins s’entremêlent devienne plus lisible.

Tu as toujours utilisé la peinture?

Je n’ai pas nécessairement pensé à la peinture au départ. De par mon cursus aux Arts Déco, j’aurais peut-être eu vocation à être illustrateur ou dessinateur de bande dessinée. Mais ma pratique incessante du dessin a suscité rapidement l’envie de diversité, de changer d’échelle, de couleurs, hors de tout commanditaire ou de toute illustration. En faisant de la peinture dans mes quatrième et ma cinquième années d’étude, j’ai pu sortir le dessin de ses carnets et jouer avec le poids, le crédit qu’apporte la peinture.

Comment « joue » -t-on avec la peinture lorsqu’on a 25 ans ?

Quand on dessine tout le temps de manière presque automatique, j’ai la sensation qu’on se dessine soi-même. Les lieux, les moments, toute inspiration quotidienne est bonne à être amplifiée, déformée, aggravée ou adoucie. D’une manière brouillonne dans les carnets et dans une version plus élaborée dans les peintures. L’influence du dessin d’humour est assez présente mais aussi toute la peinture 17eme, 18eme … Un héritage « inconscient » auquel j’ai envie de rendre hommage mais aussi que j’ai envie de chahuter, tout en y apportant ma propre pierre. Je n’ai pas encore beaucoup de recul, mais dans la durée, la forme de mon travail changera sans doute plus rapidement que le fond. L’univers du travail se nourrit de ma propre expérience, mais comme un compositeur qui s’entoure de musiciens différents pour un nouvel album, j’aurais très certainement envie de proposer quelque chose de différent.

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