A Note
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Conversation avec Babak Alebrahim Dehkordi (PEYBAK)

06.01.2020

Peybak est avant tout un duo, mais il est impossible de dire qui a dessiné quoi. Cela me fait penser aux ateliers de la renaissance… Comment définissez-vous votre collaboration ?

En réalité nous voulions avoir plusieurs personnes travaillant avec nous, avoir un vrai atelier. Tout a commencé quand nous étions au lycée ensemble et que nous avions un groupe de musique. J’étais le chanteur et Peyman le bassiste !
Chaque œuvre depuis le début est exécutée à « quatre mains ». Pour les grandes peintures notre participation est totalement équilibrée, pour les cadres sculptés récents et les cannes nous avons même collaboré avec des artisans traditionnels, c’est important pour nous.
Pour les expositions en revanche, je voyage toujours seul. J’ai de la famille en France et je parle anglais. Au début, c’était difficile, mais maintenant j’aime l’adrénaline et la dynamique des vernissages. J’adore parler et échanger avec les visiteurs, je le prends maintenant en quelque sorte comme mon « rôle » dans le travail.
J’appelle Peyman tout le temps et lui demande conseil pour tout, j’étais au téléphone avec lui à l’instant !

Dans votre travail, il y a toujours une histoire, avez-vous une ligne directrice, vous sentez-vous conteurs ?

Au début, nous ne pensons pas à ce que nous allons peindre. Nous préparons la toile avec le gesso, nous ajoutons la texture, puis la couleur et découvrons des yeux et des formes. Nous nous laissons guider par notre propre pratique et pour l’histoire c’est la même chose. Nous ne savons jamais vraiment ce qui va suivre, tout « nous arrive », tout se déroule devant nous au fur et à mesure que nous travaillons.
Avec Peyman lorsque nous faisions de l’animation, nous avons un jour inversé le son d’un de nos films et entendu « Abrakan », nous en avons adoré le son et le nom. Peu après, nous en avons découvert la signification : ce mot n’existe pas, mais « Abr » signifie « nuages » et « Abrakan » pourrait signifier « beaucoup de petits nuages ».
Dans nos premières peintures, les formes étaient moins définies, plus abstraites et colorées. Au départ, nous n’avions pas d’histoire particulière, petit à petit les œuvres nous ont apporté l’histoire.
Pour préparer l’exposition, Peyman et moi nous sommes beaucoup promenés autour de notre atelier dans le désert au sud de Téhéran. Je savais qu’à cet endroit il y avait beaucoup de puits, mais ils sont maintenant asséchés. Auparavant, c’était un très bel endroit, mais personne n’y vit plus de nos jours. En faisant des recherches nous avons réalisé que mon grand-père avait construit beaucoup de ces puits. Nous avons immédiatement pensé à suivre cette piste pour notre travail et avons commencé à imaginer la vie autour de ces puits.
Dans la vidéo présentée dans l’exposition, les visiteurs peuvent, pendant un court instant, avoir la sensation de notre environnement : le magnifique paysage du désert. Dans ce film, un personnage vient voir ce que l’on appellerait « les anciens » qui l’invitent à pénétrer dans le puits, ce qui permet aux visiteurs d’y entrer avec lui…

Il semble que votre monde vienne tout droit d’une mythologie familière, est-ce vrai ?

Certains des personnages peuvent être similaires. En premier lieu nous les peignons, ensuite seulement nous nous rendons compte qu’ils ressemblent à des animaux de légendes iraniennes.
Par exemple, sur certaines pages des carnets, comme dans la vidéo, un « oiseau de la sécheresse » est représenté. Dans la légende, quand cet oiseau déploie ses ailes, la pluie ne tombe pas et tout devient aride. Cet animal est sans doute la seule figure qui fait référence à une légende connue. Nos œuvres ne racontent pas d’histoire, elles transmettent l’imaginaire d’Abrakan.
Les créatures sur le pommeau des cannes font aussi partie du même monde, elles ajoutent une autre dimension aux œuvres. Mon oncle appelle les cannes « Zahuk » : en leur possession vous avez le pouvoir de rencontrer les créatures et de vous orienter. C’est un objet magique qui éclaire votre chemin.
Notre travail se rapprocherait d’une encyclopédie imaginaire de différents êtres et animaux, dont très peu proviennent de mythes iraniens.

À l’occasion de votre première exposition, vous nous aviez déjà dit que vous n’aviez pas pour projet de vivre ailleurs qu’en Iran, est-ce toujours d’actualité ?

Voyager n’est pas aussi facile qu’ici. Cela peut être frustrant, mais on s’y habitue. Pour nous, le monde n’est pas fait pour être visité. En Iran, les gens pleurent dans les aéroports car il est très difficile d’aller et venir et vous savez que si vous partez c’est pour longtemps. Quand je suis arrivé à Paris, il n’y avait pas de larme à l’aéroport.


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