Conversation with Richard Jackson

Richard Jackson – Un américain à Paris

Paris, creux de la nuit. Il est 2 heures du matin lorsque le visage de Richard Jackson apparaît sur mon écran d’ordinateur. Outre Atlantique, dans le nord californien, il est 9 heures de moins. Il est des interviews qui se plient à une forme classique – tête à tête dans un café – d’autres sortent un peu du cadre. Le décalage horaire confine à cet ailleurs, moins traditionnel.
Pour dire simplement les choses, je réalise mon interview littéralement dans mon lit, assise, en pyjama. Il est bien tard pour faire autrement. J’avais veillé à activer le mode « audio » de mon FaceTime mais je ne sais toujours pas si Richard me voyait ou non. Moi je le voyais. Il aurait pu être mon grand-père (je pense qu’il n’aimerait pas du tout que je dise cela), avec sa casquette sur la tête. Une casquette de chasseur qu’il est et qui tient pour sacrée l’ouverture de la chasse. Ses multiples représentations de canards colorés sont du reste le témoignage de cette intacte et vive passion.
Bien installé dans un canapé suffisamment confortable pour accueillir une sorte de flegme qui caractérise cet artiste de 78 ans, il répond à ma première question de façon lapidaire. Euphémisme : plus concis eût été le silence.

Pourquoi avoir eu cette envie de reproduire le bar de la Palette au sein de la Galerie GP & N Vallois ?
- “Et bien parce que c’est en face de la galerie”
- “Vous ne m’aidez pas beaucoup Richard !”
Il rit. Première lueur. Premier contact.

Vous semblez vouloir peindre partout sauf sur une toile. Vous effectuez souvent des transpositions de la peinture sur des supports non traditionnels ; sur des pare-brises, du bois, des murs, mais aussi sur le sol comme avec cette vespa qui tournait sur elle et étalait à la façon d’un pinceau la peinture, à l’horizontal… Que représente pour vous ce déplacement permanent de la peinture en dehors de la toile ?
- Depuis les années 1950 il ne s’est rien produit en peinture d’intéressant.

Il n’y faut voir là aucun mépris. L’artiste a tant théorisé à travers sa pratique et à même la matière, qu’il était las d’avance de répondre à des questions trop éloignées du « faire ». Pourtant le voici parti dans une explicitation passionnante. Si laconique au début, il gagnait en rapidité, excité comme un enfant qui parlerait de son dernier jouet. En l’occurrence, la reproduction à l’échelle 1 du bar de la Palette, colossale installation.

Que cela dégénère, que cela bascule dans une dimension performative et qu’il y ait, surtout de la peinture qui vit. Richard Jackson m’explique qu’il aimerait bien en outre qu’il y ait « de la peinture un peu partout dans la galerie ». Ce n’est ni un caprice, ni une volonté de salir pour salir. S’il y a des jets de peinture animés par des mécanismes qu’il conçoit avec appétit et ardeur, c’est bien pour donner une présence au medium, l’agiter et le précipiter vers une perte de contrôle, encadré. Avec un parti pris radical, qui permet d’apparenter de loin son œuvre à un chien fou qui sort de la toile. Un chien fou, ou un chien qui urine. A la façon de Bad dog, sa monumentale sculpture d'un labrador qui se soulage, pâte levée, au-dessus du toit du musée du Comté d'Orange en Californie. Certains diront qu’ils jouent la carte de la provocation. Peut-être. Mais toujours au service de la création, d’une vision fine et d’une forme d’authentique labeur.

Combien à cet égard a-t’-il d’assistants pour venir à bout de ses projets parfois extrêmement techniques ? Modestement, il répondra « My wife ! »*. Peu assisté, voire pas. Parfois un homme (retraité, pour cette exposition) lui vient en aide. Il ne souhaite pas déléguer et tient à tendre, seul, ses toiles sur châssis. Il serait bien trop simple d’acheter des toiles toute faites, évidemment.

En aimant construire et fabriquer, Richard Jackson incarne à lui seul la jouissance de l’homme qui parvient à construire son bar, tout seul. Comme un père de famille qui entreprend de retaper la maison familiale. Cette vision supplantait peu à peu celle que j’avais de l’artiste mondialement connu. Les deux visions, plutôt se superposaient et se réunissaient en une seule figure.

Celle, loufoque et attendrissante de cet ancien chercheur d’or, vendeur d’arbres de Noël, peintre en bâtiment et distributeur du New York Times. Dans une ancienne vie.

Léa Chauvel-Lévy

  • « Ma femme ! »

Conversation with Richard Jackson

Richard Jackson – Un américain à Paris

Paris, creux de la nuit. Il est 2 heures du matin lorsque le visage de Richard Jackson apparaît sur mon écran d’ordinateur. Outre Atlantique, dans le nord californien, il est 9 heures de moins. Il est des interviews qui se plient à une forme classique – tête à tête dans un café – d’autres sortent un peu du cadre. Le décalage horaire confine à cet ailleurs, moins traditionnel.
Pour dire simplement les choses, je réalise mon interview littéralement dans mon lit, assise, en pyjama. Il est bien tard pour faire autrement. J’avais veillé à activer le mode « audio » de mon FaceTime mais je ne sais toujours pas si Richard me voyait ou non. Moi je le voyais. Il aurait pu être mon grand-père (je pense qu’il n’aimerait pas du tout que je dise cela), avec sa casquette sur la tête. Une casquette de chasseur qu’il est et qui tient pour sacrée l’ouverture de la chasse. Ses multiples représentations de canards colorés sont du reste le témoignage de cette intacte et vive passion.
Bien installé dans un canapé suffisamment confortable pour accueillir une sorte de flegme qui caractérise cet artiste de 78 ans, il répond à ma première question de façon lapidaire. Euphémisme : plus concis eût été le silence.

Pourquoi avoir eu cette envie de reproduire le bar de la Palette au sein de la Galerie GP & N Vallois ?
- “Et bien parce que c’est en face de la galerie”
- “Vous ne m’aidez pas beaucoup Richard !”
Il rit. Première lueur. Premier contact.

Vous semblez vouloir peindre partout sauf sur une toile. Vous effectuez souvent des transpositions de la peinture sur des supports non traditionnels ; sur des pare-brises, du bois, des murs, mais aussi sur le sol comme avec cette vespa qui tournait sur elle et étalait à la façon d’un pinceau la peinture, à l’horizontal… Que représente pour vous ce déplacement permanent de la peinture en dehors de la toile ?
- Depuis les années 1950 il ne s’est rien produit en peinture d’intéressant.

Il n’y faut voir là aucun mépris. L’artiste a tant théorisé à travers sa pratique et à même la matière, qu’il était las d’avance de répondre à des questions trop éloignées du « faire ». Pourtant le voici parti dans une explicitation passionnante. Si laconique au début, il gagnait en rapidité, excité comme un enfant qui parlerait de son dernier jouet. En l’occurrence, la reproduction à l’échelle 1 du bar de la Palette, colossale installation.

Que cela dégénère, que cela bascule dans une dimension performative et qu’il y ait, surtout de la peinture qui vit. Richard Jackson m’explique qu’il aimerait bien en outre qu’il y ait « de la peinture un peu partout dans la galerie ». Ce n’est ni un caprice, ni une volonté de salir pour salir. S’il y a des jets de peinture animés par des mécanismes qu’il conçoit avec appétit et ardeur, c’est bien pour donner une présence au medium, l’agiter et le précipiter vers une perte de contrôle, encadré. Avec un parti pris radical, qui permet d’apparenter de loin son œuvre à un chien fou qui sort de la toile. Un chien fou, ou un chien qui urine. A la façon de Bad dog, sa monumentale sculpture d'un labrador qui se soulage, pâte levée, au-dessus du toit du musée du Comté d'Orange en Californie. Certains diront qu’ils jouent la carte de la provocation. Peut-être. Mais toujours au service de la création, d’une vision fine et d’une forme d’authentique labeur.

Combien à cet égard a-t’-il d’assistants pour venir à bout de ses projets parfois extrêmement techniques ? Modestement, il répondra « My wife ! »*. Peu assisté, voire pas. Parfois un homme (retraité, pour cette exposition) lui vient en aide. Il ne souhaite pas déléguer et tient à tendre, seul, ses toiles sur châssis. Il serait bien trop simple d’acheter des toiles toute faites, évidemment.

En aimant construire et fabriquer, Richard Jackson incarne à lui seul la jouissance de l’homme qui parvient à construire son bar, tout seul. Comme un père de famille qui entreprend de retaper la maison familiale. Cette vision supplantait peu à peu celle que j’avais de l’artiste mondialement connu. Les deux visions, plutôt se superposaient et se réunissaient en une seule figure.

Celle, loufoque et attendrissante de cet ancien chercheur d’or, vendeur d’arbres de Noël, peintre en bâtiment et distributeur du New York Times. Dans une ancienne vie.

Léa Chauvel-Lévy

  • « Ma femme ! »
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75006 Paris – FR
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